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Projet, ressources, opérations, je et tu

dimanche 11 décembre 2005, par comradE Ogilvy

La feria est à peine retombée, les photos même pas séchées, et sûr que chez chacun c’est en train de turbiner de nouvelles envies, de nouvelles idées. C’est si précieux qu’il ne faudrait pas que ça soit gâché. Alors...

Tableau noir

Comment s’organiser, c’est un refrain que j’entends souvent, surtout ici, et finalement, y a-t-il autre chose à faire que le déplorer ? C’est bien ça, l’idée, non pour ceux qui fonctionnent déjà et tirent le machin, mais pour ceux qui voudraient participer en ne sachant pas très bien s’y insérer. Mais commençons par noircir un peu le tableau, afin de pouvoir y dessiner à la craie.

Avec la liberté, on rigole pas, chez Spip, et ça c’est une nouvelle qui fait bien plaisir, cela dépasse largement le mode de distribution, ça, personne n’en doute. Libre de faire comme on veut, soit entendu que l’on m’embête pas, car, voyez-vous, il existe le consensus. Lequel, de manière salutaire, établit qu’on se débrouille comme on peut et qu’on ne crie pas trop fort après dix heures, et alors on fait ce qu’on peut. Pas à s’encombrer de règles, de hiérarchie, d’histoires et tout ça. Ceux qui font font, et heureusement.

Pas plus SPIP n’est « facile » [1], la communauté ne sait répondre à ces propositions qui lui sont si souvent faites, de donner un coup de main. Non qu’elle ne les accueille pas, elle les demande même parfois, mais bien souvent, la bonne volonté de celui qui propose se perd avant d’avoir trouvé quoi et comment faire. Les outils sont pourtant là, sites, spip-contrib en tête, et la zone. Mais l’un comme l’autre apparaissent parfois aux yeux de celui qui les découvrent comme trop confus ou techniques. Il ne suffit pas de dire publie ou commite pour que ça se passe pour tout le monde comme ça, ni d’engager à l’initiative en s’en inquiétant si elle apparaît.

Le prix de cette liberté aux conventions (Il en existe fatalement) flottantes, c’est une sélection de type darwinien, comme dans toute jungle : les projets ou volontés les plus faibles n’aboutissent pas dans cette difficulté à tout simplement trouver sa place, savoir quoi faire ou comment sans un mastère en spipespace et PHP mélangés. Le cruel avantage : c’est que ceux qui y arrivent, ce ne sont que des très bons, des solides, des malins et des acharnés :-D D’où la qualité du produit, et d’où aussi un cette impression de frustration qui prend parfois l’apprenti partageur.

C’est une question de point de vue, et les deux sont valables, mais le premier est généralement privilégié. Si l’on part de l’idée qu’il pourrait y avoir rien, tout ce qui est fait pour SPIP est un grand acquis. Si l’on considère, dans l’effort, tout ce qui est perdu, c’est beaucoup de manqué faute d’avoir trouvé à pleinement s’exprimer. Ce qui est intéressant dans la seconde proposition, c’est qu’elle nous donne le champ de ce à quoi il faudrait pouvoir remédier.

La première évacue le champ humain, pour ce qu’il a d’aléatoire, de fantasque, de chronovore. La seconde l’envisage de front, et parie qu’en en privilégiant la qualité de vie, la créativité trouvera bien plus à s’exprimer. Entre les deux se trouve la contradiction intime de SPIP, qui le rend muet et ralentit toute autre évolution que celle du code, affectivement neutre. Animation, communication, la conscience en émerge peu à peu, mais cet accueil qui a été fait à la feria aux spipeurs tous azimuts, il faudrait bien qu’il soit prolongé même les lendemains de libations enthousiastes. Et en cela, les programmes de Ben et les panneaux d’Izo n’y sont pas pour rien. Entre fournir des indications et vouloir diriger le peuple, il y a quand même une marge que seul la confusion politique de nos jours comble de bêtise. C’est bien pareil entre organisation et fascisme : faisons-nous confiance, renforçons nous de messages clairs, voyons-nous fonctionner pour le faire encore mieux.

Craie

Le premier ennui qui vient à l’esprit lorsque l’on tente de reproduire le parcours du nouveau contributeur, c’est l’orientation. Nous en sommes tous conscients, et le rêve de Boussole, c’est à cela qu’il répond. Mais ça va plus loin, c’est aussi l’accompagner jusqu’au projet auquel il pourrait se joindre, lui donner quelques indications sur la façon de le faire. Bien sûr, il n’est pas question de talents scouts recruteurs pour chaque besoin, mais plutôt qu’à l’envers, les sites communiquent sur ce point [2]. En d’autres termes, que ces mêmes sites/espaces puissent accueillir les bonnes volontés en leur indiquant clairement comment ils peuvent participer, et comment ils le peuvent.

La seconde difficulté est plus générale, et elle tient au fait que ce n’est pas simple de travailler à plusieurs, généralement sans se voir ni s’entendre, sur des sujets communs plus ou moins bien définis. Chacun a ses méthodes, sa façon de voir, ses caractères et ses richesses, il faut parvenir à une synthèse de cela mise au service d’un projet, et pour et par cela, faciliter les conditions de la collaboration. Or comment y parvenir sinon en étudiant ce projet, de façon à permettre à chacun d’y prendre une place prédéfinie comme nécessaire. Soit en s’y inscrivant dans un fonctionnement, non pas rigoureux, mais proposant les bases d’une vision cohérente et partagée, vis-à-vis de laquelle chacun peut se situer.

Orientation, situation. Laissons la première de côté pour l’instant, et tentons de décrire la seconde par les éléments qui sont en jeu. C’est à dire un projet, des acteurs, des outils, et des pratiques. Ces éléments apparaissent, interagissent, et dans la façon dont ils le font se dessine la réussite ou l’inertie du projet. D’où la tentation de préciser tout ça avec un petit schéma. Vous allez voir, c’est très simple.

Spip tout joyeux<small class="fine"> </small>!

- Le Projet, c’est bien entendu, de façon globale ce dont on parle, de l’idée à sa mise en place. C’est un nom qui le fait exister [3], en cristallisant l’idée. Mais il ne suffit pas de pouvoir indiquer ce dont on parle, il s’agit aussi de se mettre bien d’accord sur les termes du projet, et pour cela l’exprimer de façon claire, en une ou deux phrases. On peut rapprocher cela d’un alt, ou du champ Présentation d’un article.

Le but de ce libellé n’est pas simplement la politesse [4] de se présenter, mais de bien montrer que les buts, et de là les moyens, trouvent l’expression claire de ce qu’ils sont bien entendus. S’occuper de Spip-Contrib n’est pas la même chose que Faire un tri dans les contributions, pour prendre un exemple, ou bien encore Faire un point des squelettes. En affinant l’idée, ce commentaire nécessaire cible l’objet et la taille du projet, et fédère sur une acceptation tacite de ses ambitions les participants, en fixant un point d’horizon.

- Dans un deuxième temps, il s’agit de prendre la mesure des ressources, matière et acteurs dont l’interaction fondera le développement du projet, sont déroulement et sa qualité finale. Cet examen pratique de ce qui est nécessaire découle bien entendu de l’exposé précédent de l’idée du projet. À vrai dire, cela commence à baliser le terrain concret de son évolution, à l’établir en des termes pragmatiques, à le façonner. Et surtout, en faisant un point des talents et disponibilités de ceux qui devront le mener, prendre conscience du groupe, de sa richesse et de sa diversité, et de ses spécificités.

On s’apercevra à ce stade de ce qui n’est pas possible, de ce qui manquerait, car la contrainte est ici un facteur positif, permettant et équilibrant la créativité du brain storming. C’est la contrainte encore qui définit des sous-projets, des catégories, une organisation, dans l’univers aléatoire et flou des idées. Parmi celles-ci, une idée qui tire parti de la contrainte, de la façon la plus réaliste possible, et de façon imaginative, est une idée juste, qui devrait faire son chemin dans le bon sens commun.

- Une fois le principe, l’environnement, les ambitions plus clairement définis, il est temps de se demander comment les ressources peuvent être utilisées pour construire le projet. Cela est affaire de leur interaction, d’où la notion d’opérations, qui définissent les façons de faire en simplifiant les processus.

Les opérations décomposent les tâches et les rôles en autant d’activités qu’il ne reste plus qu’à coordonner, et elles le seront dans la mesure où leur génération suit la logique et les contraintes ultérieures. Non seulement la perception de l’organisation des opérations facilite l’intégration, mais elle demande à être faite de perpétuer le travail préliminaire, de bien le comprendre, et au besoin, de l’adapter. Les opérations s’accompagnent et se représentent souvent de protocoles, règles fonctionnelles qui s’éprouvent à mesure. Si les façons d’agir restent personnelles, voilà tout au moins un terrain balisé où elles peuvent converger, et entrer en synergie sans buter sur une incompréhension des modes.

Chiffon

Après une introduction fastidieuse mais, je le crois, nécessaire, le soleil se lève sur un paysage plus serein. La vision qui la suit n’est pas destinée à être dogmatique, mais elle est une tentative de réponse à un constat parfois un peu dramatique. C’est une approche positive, que je vais moi-même adapter pour proposer des projets autant que pour jauger ceux auxquels je pourrais participer. Sans pouvoir, au pire tacitement, remplir les cases du questionnaire, c’est moi qui resterai méfiant, non du fait que les gens puissent donner le meilleur d’eux-mêmes, mais de celui que cela se perde dans la joyeuse pagaille. Que le charme de cette dernière se pare de coutumes salutaires ne lui enlèvera rien, au contraire...

En testant ce modèle, seul ou à plusieurs, je le développerai dans des aspects plus pragmatiques. Il est encore mal dégrossi et plutôt imparfait. O pour faire prOjet, mais pourquoi opérations plutôt qu’organisation ? Demander de décrire son projet à quelqu’un à qui cela pose un problème, c’est également une injonction paradoxale (de type Sois spontané !), aussi ne peut-on pas le demander sans aider à le faire, et voilà déjà une illustration de ce que je m’efforce d’expliquer. Sans aller jusqu’au formulaire à avaler les projets tout cru pour les recracher emballés en boîtier DVD, il y a sûrement dans le coin quelques idées fondamentales qui trouveront à s’appliquer pour le bonheur de la science expérimentale.

Ce sont les toutes premières bases qui se posent ici, il fallait bien commencer par quelque chose et comme ça, c’est réglé, plus besoin de parler de l’aspect prophylactique du besoin de s’organiser, ou du mal que diffuse le contraire. Plus que du positif, du regard fixe sur l’horizon clavier sous le coude souris d’une main, et de commencer par mettre ce projet aux normes qu’il est soi-disant parti promouvoir, comme ça on va bien voir.


[1Je parle de personnaliser, pas d’utiliser.

[2Et c’est en cela que je redemande une présentation des projets de la Zone, par exemple...

[3Un codemame provisoire fait parfaitement l’affaire.

[4à moins que ça ne soit un choix stratégique de laisser le flou.

Messages

  • On dirait un discours du Maire de Champignac, c’est rigolo :)

    En clair et pour résumer, tu veux dire quoi ? Que la communauté est un joyeux foutoir (on le savait) ? Que personne ne sait a priori vers quelle partie de l’univers spip porter son énergie ?

    La débâcle du mag notamment montre bien que justement, soit c’est tenu d’une main ferme par un porteur et ça capote, soit c’est très ouvert et il ne se passe rien (evolt.org en ce moment, par exemple).

    Le juste milieu ? Bin... spip-contrib quand Ben et James s’y investissaient énormément... Non ?

    Voir en ligne : nota-bene.org

  • Cher Steph, d’abord, il n’était pas prévu que ces réflexions perso paraissent sur le blog, ce n’est pas vraiment l’ambiance. En l’occurrence, si il y a recherche de solution, je ne dirai pas que celle-ci est aboutie ici. Mais ça ne fait pas de mal de chercher…

    Ce que je voulais dire, si je résume, c’est justement qu’entre la main ferme et pas de main du tout, il y a l’option d’une organisation, décidée et respectée en commun, qui fixe les contextes, tâches et objectifs, permettant ainsi de clarifier, coordonner, et réguler l’intervention de chacun sans les a priori humano/affectifs. Je sais, ça bute un peu sur la technocratie, à ceci près que mon approche ne nie pas l’humain, au contraire puisque c’est en réponse à son inconfort qu’est dédiée cette organisation.

    Comme dit ce cher Proudhon, « Une société parfaite n’a pas de gouvernement, seulement une administration, pas de lois, seulement des obligations, pas de sanctions mais des moyens de se corriger. » (cité par Pierre Miquel, Les @narchistes, Albin Michel).

    Quant à Spip-contrib, je laisse les intéressés exprimer leur point de vue, les leçons qu’ils en ont tiré, et nous dire s’il est portable en d’autres lieux.

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